Spécialités EMDR
Dans cette une rubrique, je vous présente des spécialités EMDR auxquelles je me suis formée via l'institut français de EMDR (IFEMDR).
Avant d'aller plus loin, je vous invite à découvre la thérapie EMDR de manière générale.
L'EMDR dans le traitement des troubles des conduites addictives
La consommation du produit entraine une altération du fonctionnement ou d’une souffrance, caractérisée par la présence de 2 (ou plus) des signes suivants, dans les 12 mois derniers mois :
- Quantité plus importante ou période plus longue que prévu
- Tentative ou souhait de diminuer ou de contrôler
- Temps passé (avant, pendant, après)
- Craving = besoin irrésistible de consommer le produit
- Incapacité de remplir des obligations majeures (travail, école, maison, etc.)
- Difficultés interpersonnels ou sociaux (causés ou exacerbés)
- Activités sont abandonnés ou réduites
- Utilisation dans des situations ou cela peut être physiquement dangeureux
- Poursuivie bien que la personne sache avoir un problème
- Phénomène de tolérance
- Sevrages (symptôme ou consommation pour éviter symptômes)
- 2 à 3 critères : faible
- 4 à 6 critères : modéré
- 6 critères ou plus : sévère
L'addiction : un trouble neurobiologique
Grâce aux progrès des neurosciences, on connaît de mieux en mieux les mécanismes neurobiologiques de l’addiction. Ceux-ci sont étroitement liés au « système de récompense », un circuit du cerveau responsable des sensations de plaisir ressenties après certaines actions. Présent dans le cerveau de l’homme comme dans celui de nombreux animaux, c’est grâce à lui que nous répétons volontiers les comportements indispensables à notre survie et à celle de notre espèce : manger, boire, avoir des rapports sexuels, procréer…
Dans les troubles addictifs, ce mécanisme fondamental du vivant est perturbé, tantôt par la prise d’une substance (alcool, drogues, tabac, etc…) qui démultiplie la sensation de plaisir, tantôt par un dysfonctionnement initial du cerveau, qui ne régule pas correctement son système de récompense. Lorsque ces deux dimensions sont réunies, on aboutit à la maladie addictive.
Les substances psychoactives (l’alcool, le tabac, les drogues ou même certaines pratiques comme les jeux d’argent), activent ce système en libérant de la dopamine, un neurotransmetteur associé au plaisir.
Cette libération artificielle de dopamine crée un mécanisme de renforcement positif, poussant l’individu à répéter l’expérience pour retrouver cette sensation agréable.
Au fil du temps, le cerveau s’adapte à ces stimulations excessives, devenant moins sensible à la dopamine, ce qui entraîne une augmentation de la consommation pour obtenir le même effet.
De plus, les modifications cérébrales liées à l’addiction affectent non seulement le circuit de la récompense, mais aussi les zones impliquées dans la gestion des émotions, de la motivation et des apprentissages, ce qui peut perturber les habitudes comportementales et les capacités d’adaptation.
Le Craving
Le craving est défini comme un désir puissant ou compulsif d’utiliser une substance psychoactive.
Le craving est l’expression centrale de l’addiction. C’est un phénomène pathologique dans lequel la volonté n’intervient pas. C’est un symptôme durable qui s’exprime tout le long de la maladie addictive.
La mémoire addictive s’active par différents facteurs : comportement, anticipation de la consommation, par des signaux internes ou externes, des représentations imaginaires, de l’absence du produit (ennui, vide, etc.)
Tant que la mémoire addictive possède une charge émotionnelle (agréable ou désagréable) ou déclenche du craving, cela peut nourrir le comportement addictif.
L'EMDR

Travail EMDR est axé sur l’addiction (EMDR-AA) [mémoire effets de la substance psychoactive, mémoire de l’usage, mémoire addictive) et sur le trauma (EMDR-AT). Cela nécessite un travail de double échiquier, avec l’utilisation de plusieurs protocoles (à titre indicatif) :
- Protocole DeTUR
- Questionnaire des croyances bloquantes
- Protocole LOUA (permet de travailler l’évitement pathologique)
- Protocole LOPA (permet de travailler l’idéalisation pathologique)
- Cravex (permet de travailler le craving = mémoire addictive)
- Protocole standard EMDR
Après une séance de retraitement : parfois retraiter les traumas soulagera la consommation, et parfois l’augmentera, on ne peut pas le savoir a l’avance. Evitez de consommer le soir de la séance / essayez de moins consommer, afin que le cerveau puisse se reprogrammer dans de bonnes conditions. De même, baisser la consommation peut entraîner un début de réalisation du trauma et donc faciliter le travail.
EMDR et troubles anxieux : phobies spécifiques, anxiété sociale, trouble panique, agoraphobie, anxiété généralisée
Les troubles anxieux sont définis comme des peurs et/ou une anxiété anormales ou pathologiques qui deviennent envahissantes et source d’une souffrance significative pour l’individu, perturbant son fonctionnement normal et ses activités quotidiennes.
Contrairement à l’anxiété normale, qui est une réaction physiologique naturelle et transitoire face à un danger réel, ces troubles se caractérisent par une inquiétude excessive, durable (souvent plus de 6 mois) et irrationnelle, survenant sans menace objective ou de manière disproportionnée.
Ces troubles constituent la catégorie de troubles mentaux la plus courante dans le monde, touchant environ 4,4 % de la population (359 millions de personnes en 2021), avec une prévalence plus élevée chez les femmes. Ils incluent plusieurs formes spécifiques telles que :
Le symptôme : l'anxiété
L’anxiété provoque une hypervigilance des sensations du corps, qui sont nécessairement interprété comme désagréables, irrationnelle.
Exemple : mon cœur bat vite, je vais m’évanouir ; mon ventre gargouille, j’ai un ulcère ; je rougis, je suis une personne stupide. Alors que, les sensations du corps sont des messages physiologiques (agréable / neutre / désagréable), que l’on vit quotidiennement.
Plus, l’anxiété est présent, plus on aura tendance a éviter ce qui cause l’anxiété ou d’utilise un objet contraphobique (personne ou objet ressource).
La thérapie permet de réapprendre ce qu’est une sensation, sa fonction, et comment la traverser plus sereinement. Ainsi, l’anxiété diminue progressivement grâce a la mise en place de ressources.

Le symptôme : la peur
La peur est une émotion primaire universelle, de nature physiologique, qui se manifeste en présence ou en anticipation d’un danger réel ou perçu.
Elle joue un rôle crucial dans la survie en préparant l’organisme à réagir face à une menace par des réponses immédiates comme l’accélération du rythme cardiaque, la tension musculaire et la sécrétion d’hormones de stress, souvent désignées sous le nom de réponse combat-fuite–gelé.
Le circuit de la peur passe essentiellement par l’amygdale, une structure du système limbique qui traite les signaux de danger et conserve la mémoire des impressions de peur, permettant leur réactivation ultérieure. Si la peur peut servir de catalyseur pour la concentration et la croissance, elle peut aussi, lorsqu’elle devient chronique ou collective, mener à l’anxiété, la dépression ou des états de panique.
L'EMDR
Cela nécessite que le professionnel soit spécifiquement formé car les protocoles EMDR sont spécifiques. Au cours du travail, des cibles peuvent remontées. Effectivement, l’évitement gomme les déclencheurs.
Le travail EMDR avec les troubles anxieux nécessite un travail de double échiquier, avec l’utilisation de plusieurs protocoles (à titre indicatif) :
- Protocole LOUA (Level Of Urge to Avoid) : permet de travailler l’évitement pathologique
- Le flashforward : vidéo mentale de l’événement du futur désagréable (avant / pendant / après)
- The wedging technique (la technique du coin de Elan Shapiro) : technique d’oscillation entre ressource positive et élément désagréable
- Protocole de tolérance et d’intégration des affects positifs (PAT : notamment pour l’anxiété sociale
- Protocole standard EMDR
- Association avec la thérapie TCC

Traumatismes transgénérationnels et EMDR
Le transgénérationnel est l’ensemble des mémoires qu’une personne porte et qui lui ont été transmises par son arbre généalogique.
Par mémoires, on entend : inclinaisons, émotions et comportements qui ne sont pas en relation directe avec le présent mais qui se rapportent à un événement passé connu ou inconnu de la personne.
Il y a deux types de mémoires générationnelles :
- Les mémoires (in)conscientes individuelles appelées transmission intergénérationnelle (entre générations se connaissant).
- Les mémoires inconscientes familiales appelées la transmission transgénérationnelle (sur plusieurs générations parfois lointaines) d’une « tâche inachevée ».
La première est claire et contient ce qui est connu, consciemment transmis. La seconde contient ce qui est tenu secret, caché, non dit, non su, souvent un traumatisme ou un deuil non résolu, mais encore actif, ce sont comme des fantômes familiaux.
Le concept de fantôme familial

Le concept de « fantôme familial » ne désigne pas un défunt mais une structure énergétique et émotionnelle pathogène qui s’est transmise dans la succession des générations et qui vous parasite. C’est un non-dit, quelque chose qui porte une charge émotionnelle trop importante pour être intégré dans votre mémoire familiale et qui vous a été transmis à votre insu.
Les fantômes s’expriment par des phénomènes de hantise où vous vivez des événements en lien avec les traumas qu’ont vécu vos ancêtres : échecs sentimentaux, actes manqués ou compulsifs, phobies, obsessions, célibats, veuvage, troubles sexuels, difficulté à concevoir des enfants, fausses couches, morts d’enfants, morts subites, incestes, suicides, violences familiales, abandons, conflits, accidents qui se reproduisent à l’identique dans les lignées, viols, meurtres passionnels, fanatisme religieux, etc.
Comprendre vos fantômes transgénérationnels ne suffit pas toujours à annihiler leurs effets sur votre existence. L’EMDR permet de nettoyer les mémoires traumatiques enkystées dans le corps, dans les émotions et dans les pensées.
Le génogramme
Nous partons des symptômes dans votre vie et nous en recherchons les causes dans votre arbre, en réalisant un génogramme (c’est une représentation graphique détaillée de l’arbre généalogique d’une famille, qui va au-delà des simples liens biologiques pour inclure des éléments émotionnels, des événements marquants, des maladies, des conflits et des schémas répétitifs à travers les générations). Le but est de repérer les structures pathogènes, les fantômes, et la façon dont ils se relient à votre histoire personnelle. Cela nécessite de réunir des informations sur votre famille en interrogeant vos proches, en consultant les archives.

L'EMDR

L’EMDR est particulièrement efficace dans ce contexte car il permet de retraiter ces souvenirs traumatiques, même s’ils proviennent d’événements non vécus, en utilisant des mouvements oculaires ou d’autres formes de stimulation bilatérale pour aider le cerveau à intégrer ces expériences. Une fois les cibles transgénérationnelles identifiées
Le traitement permet de dissoudre les mémoires transgénérationnelles, de réduire la charge émotionnelle associée, et de libérer l’individu des influences négatives du passé, favorisant ainsi une amélioration du bien-être émotionnel et la rupture de schémas répétitifs.
La boite de vitesses : adapter l’EMDR pour tous
Le trauma complexe désigne une condition psychologique résultant d’une exposition prolongée et répétée à des traumatismes interpersonnels, notamment durant l’enfance.
Contrairement au traumatisme simple (un événement ponctuel, imprévisible et soudain), le trauma complexe implique des violences récurrentes ou continues, souvent exercées par des figures de référence comme les parents.
Les traumatismes complexes sont caractérisés par deux dimensions essentielles :
- Qualitative : altération profonde de la structure psychique, affectant la régulation émotionnelle, l’identité, les relations interpersonnelles, la perception de soi et du monde
- Quantitative : répétition ou prolongation des événements traumatisants (abus physiques, sexuels, négligence, violence conjugale, abandon).
Ce type de traumatisme engendre une constellation de symptômes qui dépassent le trouble de stress post-traumatique (TSPT) classique, incluant des troubles dissociatifs, des troubles somatiques, une dysrégulation émotionnelle, une faible estime de soi, des difficultés relationnelles et des comportements de répétition ou de revictimisation. Dans ce cas précis, nous parlons de Trouble de Stress Post Traumatique Complexe (TSPT-C).
C'est quoi la dissociation ?
Trouble dissociatif est un terme qui désigne un ensemble de troubles psychiatriques caractérisés par une perturbation ou une discontinuité dans l’intégration normale de fonctions psychiques essentielles, telles que la conscience, la mémoire, l’identité, les émotions, la perception de soi ou de l’environnement, la représentation du corps, le contrôle moteur ou le comportement
Selon le DSM-5, ces troubles se manifestent par une rupture de l’unité psychique, entraînant des symptômes comme :
- Une sensation de détachement de soi (dépersonnalisation) ou du monde extérieur (déréalisation),
- Une incapacité à se souvenir d’informations personnelles importantes, souvent liées à un traumatisme
- Une fragmentation de l’identité, notamment dans le trouble dissociatif de l’identité, où deux ou plusieurs identités ou états de personnalité distincts prennent tour à tour le contrôle du comportement

La structure de la boite de vitesses
Pour chaque vitesse, il existe plusieurs protocoles spécifiques qui peuvent être mis en place. Les différents niveaux de ciblage supposent que le patient est en mesure de ressentir une émotion, une activation, qu’il soit motivé pour aborder l’aspect de sa problématique proposé par le thérapeute.
Installation d’outils, comme le contenant, le lieu sur, technique de relaxation / d’ancrage / d’orientation / pleine conscience. Nous explorons les ressources (activités, passion, entourage, religieuse, spirituelle) qui permettent à apaiser le corps. L’objectif est que le patient apprenne a rester présent et a s’apaiser de façon autonome.
Lorsqu’elles émergent, les peurs irrationnelles tendent a bloquer le processus, si elles ne sont pas entendues. Ces peurs polluent la fenêtre de tolérance. L’objectif est d’accueillir ces peurs, et de les retraiter. Il s’agit de petites cibles qui régressent rapidement.
Lorsqu’elles émergent, les peurs irrationnelles tendent a bloquer le processus, si elles ne sont pas entendues. Ces peurs polluent la fenêtre de tolérance. L’objectif est d’accueillir ces peurs, et de les retraiter. Il s’agit de petites cibles qui régressent rapidement.
Une fois que la tolérance à l’affect est restauré, le patient dispose d’une fenêtre de tolérance lui permettant d’aborder la dimension traumatique de son passé. Ces mémoires datant d’un âge préverbal constituent le socle de notre travail.
A l'aide de différents protocoles, nous travaillons sur 3 axes :
- la période avant la naissance : la grossesse
- la période de la naissance : l'accouchement
- la période post naissance : 0 - 3 ans
Après avoir consolidé le socle les expériences fondatrices, la désensibilisation des déclencheurs du présent. Ici, nous savons que nous entrons en lien avec le réseau traumatique.
Ici nous nous retrouvons avec des cibles initialement visées par l’approche EMDR classique. Le travail vise soit les souvenirs sources, soit des cibles plus récentes.

L'EMDR : intégrer l'expériences traumatiques en 3 points
- La synthèse : pouvoir relier en une expérience totale les sensations, les pensées, les comportements, les émotions liés a cette expérience. Il s’agit de percevoir les circonstances de l’événement, ses comportements en face de son agresseur, de réaliser le danger réel, et de la valeur de survie de ses actions.
- La personnification : rattacher l’événement au sens de Soi, c’est a dire, concevoir que cet événement est arrivé à moi, et de réaliser les implications qu’il a eu, les limites qu’il a engendré et de réaliser la peine devant l’impact de la blessure.
- La présentification : capacité d’être dans le présent, de concevoir que l’événement du passé est terminé, ce qui permet de digéré, sans oublier, pour pouvoir se projeter dans un futur souhaité réaliste qu’il est en possible d’assume
